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Décime moi une foret

Ah, Bornéo. Quand ce mot nous vient aux oreilles, l’on peut aisément se figurer la jungle, les primates des films documentaires de Discovery Channel, les treks dans la montagne où de timides mais confiantes sangsues nous grimpent sur les bras en tendant un guet-apens sur les feuilles des buissons… Bornéo. Oui, ce mot fait appel à notre imaginaire. D’anciennes tribus intouchées par le Mac Do et le Coca-Cola de l’homme blanc, des boas constrictors comme dans le livre de la jungle, des varans plus gros que des ours, que sais-je encore, où sont les limites de votre imaginaire ?

Euh oui, mais non.

Désolée de casser votre rêve mais Bornéo, ce n’est pas (plus) ça.

Mais n’importe quoi, qu’est-ce que c’est que ces propos greenpeacisants, on en a marre de n’entendre que des discours moralisateurs sur le tourisme de masse et ses néfastes conséquences, laissez-nous voyager en paix et les poulets seront bien gardés.

N’empêche, Bornéo, c’était mieux avant ! Et le tourisme n’y est pas pour grand-chose.

Ah, Bornéo ! Troisième plus grande île de la planète, trois pays se la partagent pas très équitablement mais tirent chacun leur épingle du jeu, les riches se contentant finalement de peu. Ressources en faune et en flore inépuisables, poumon de l’Asie du Sud-Est, inspiration de Kippling, ta forêt tropicale est un enchantement pour les yeux et les oreilles !

Non, je rigole !

Il n’y a plus de forêt tropicale, grands dadais ! Tout comme la France a consciencieusement rasé 90% de son territoire forestier, les Malaisiens et les Indonésiens nous copient ! Il y a quarante ans, lorsque vous vouliez traverser l’état de Sabah par exemple, il vous fallait une machette ! Maintenant, trop plus pratique : Il y a des routes goudronnées et des plantations de palmes.

De palmes pour faire de l’huile, naturellement. Cet or liquide qui emplit nos artères et nos veines cave de gras. Oui, le gras, c’est la vie. Mais pas celui-là. Au contraire, même.

Alors c’est sympa ! Déjà parce que vous vous tapez des centaines de bornes avec le même paysage. Les palmes, en soi, c’est assez joli. Mais des millions de palmes équidistantes, à la longue, c’est plutôt chiant. Assez frustrant également lorsqu’on a un paysage à perte de vue, que l’on surplombe la vallée et qu’on voit presque la mer à 1000 km de là, et qu’au lieu de biodiversité, on ne voit que des palmes. Parfois, ça change : Les palmes sont plus grandes. Celles-ci sont encore toutes jeunes. Mais c’est malheureusement tout.

Si, parfois il y a une surprise : Vous traversez un champ de palmes sur 25 bornes, puis une immense étendue semi-désertique s’offre à vos yeux. Vous vous accrochez désespérément à cette nouvelle image, l’œil constamment en quête de nouveauté. Puis vous déchantez : Cette étendue désertique, qui aurait dû vous faire tiquer, n’oublions pas que nous sommes à Bornéo, était un piège des sens : Ils viennent de tout couper, de tout raser. Et si vous regardez bien, il y a des toutes jeunes pousses de palmes plantées à exactement 1m78 les unes des autres.

Mais gloire à dieu, heureusement que les gouvernements sont là pour mettre le holà. Du coup, au milieu de 10 000 hectares de plantations de palmes, ils vous ont aménagé un sanctuaire pour Orang-outan, pour bien se rappeler qu’avant, ils avaient de quoi vivre sans que l’homme n’ait à culpabiliser. Et puis leur propagande à l’égard des populations locales a son petit effet : Demandez au premier malaisien qui passe, il vous répondra que l’huile de palme est très bonne pour la santé ! C’est une huile végétale, on l’utilise pour tout, on pourrait même s’en tartiner la peau, ça réduirait les rides que ça ne m’étonnerait pas !

Non, et puis, vous vous rendez compte du nombre d’emplois créés depuis que la palme a été inventée ? Les mecs qui coupent la forêt tropicale, les mecs qui plantent les palmettes, les mecs qui arrosent, les mecs qui récoltent, les mecs qui convertissent le jus en huile (trop forts, ceux-là), et n’oublions pas les mecs qui surveillent qu’on ne vienne pas voler les fruits sur les plantations, et qui vous tireront dessus s’ils vous chopent (panneau très explicite à l’appui).

Mais c’est ça, le progrès ! Il faut passer par là, pour devenir un pays industriellement développé ! La France a fait pareil, je vous dis !

Et puis au final, les humains n’auront peut-être plus beaucoup d’air purifié par la forêt tropicale, mais ils auront de l’huile de palme. C’est quand même beau, la vie.

Filed by aureletclairevoyagent at janvier 27th, 2013 under Malaisie - Bornéo, Là c'est du concret, la route

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