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Bienvenue en Indonésie, où les gens sont sympathiques

Jeudi 31 janvier.

Bienvenue en Indonésie !

Nous nous rendons à la douane. Voir l’avancée de la procédure. De part et d’autre, des visages un peu gênés par la barrière de la langue. Mr Fuad, en charge de notre dossier parle à peine anglais. Il a fort heureusement une machine traductrice et nous écrit ceci :

« Véhicules non autorisés à circuler en Indonésie »

Surprise ! Le début de la négociation est entamé !

Nous ressortons la lettre du consul en lui faisant part de notre étonnement.

Silence, conciliabule, coups de fil…

Un nouveau personnage intervient qui, lui, parle anglais. Son nom est Agus, il est souriant, et attentionné (voulez-vous un petit déjeuner ?) et nous explique que la douane ne peut nous laisser sortir comme ça, qu’il faut une lettre de la police nous autorisant à rouler sur le territoire, et que donc il serait bien que nous allions maintenant à la police. Ce que nous faisons, avec Agus, et Diot (ça m’a tellement rappelé ma Savoie natale que j’en ai ri tout seul en regardant le ciel), un gars de la douane replet et sympathique.

Poireautage  à la police, Agus explique, puis Diot, le commissaire ne s’intéresse pas à nous, puis nous repartons, bredouilles.. La police veut bien faire la lettre, mais il faut une lettre de la douane (qui ne la donnera que si elle a la lettre de la Police, comme quoi il n’y a pas d’exclusivité française pour la connerie administrative).

Retour à la douane donc. Où les choses vont se préciser. Et pas vraiment dans le bon sens. Etant obligés de suivre la procédure officielle, car nous n’avions pas proposé de biftons sous la table, nos douaniers ont découvert (si!) que tout véhicule étranger de passage temporaire en Indonésie se doit d’obtenir l’accord de la Police Centrale à Jakarta (ce qui prend beaucoup de temps) et de laisser une caution de la valeur du véhicule (en garantie que celui ci ne sera pas vendu), ou de faire la demande, avant d’arriver, d’un carnet de passage en douane (carnet ATA, non ratifié par l’Indonésie, mais accepté).

Donc dernières tentatives pour s’en sortir:

- tentative de corruption par le biais du papa d’une amie indonésienne,

- et tentative de faire jouer l’amitié par Heyry, un vieux du coin qui nous a pris sous son aile…

Mais trop tard, nous sommes fichés au bureau central et au consulat désormais, et aucun douanier ne voudrait risquer d’avoir des ennuis, surtout que le pays a mis en place une grosse politique anti-corruption et que chaque jour des têtes tombent, ce que répondit Mr Fuad, qui aurait aussi préféré cet arrangement.

Donc pensez-y, corrompez tout de suite. Un petit million de roupiah et l’affaire est pliée…

Perceval et Karadoc resteront donc là, pendant deux mois maximum, sous surveillance.

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Cette aventure, nous la craignons, c’était le pire scénario, et il a eu lieu.

Mais en même temps, la bonne nouvelle, car oui il y en a une, c’est que nous ne sillonnerons pas les routes Indonésiennes en mobs. Et que tout le monde dormira mieux, vu leur dangerosité réputée.

Vous pouvez du coup rire de cette cocasse mésaventure, et souffler de nous savoir plus en sécurité! Et c’est cadeau !

Cette mésaventure qui nous remet les sacs au dos aura eu aussi d’autres points positifs. Elle nous aura permis de rencontrer deux personnes à la gentillesse rare, et à l’amitié chaleureuse. Et plein d’autres aussi… mais moins bien.

Le premier Agus, le traducteur, un bonhomme en miel, qui nous a invité à déjeuner, à insisté pour remplir notre sac à dos de paquets de chips locales, nous a prêté son ordi pour que l’on écrive à nos proches, nous  emmené voir la mer et manger des crevettes. Un prof d’anglais. Très Musulman, avec deux filles Sarah et Jihan (folle de Paris). Il aime la paix et la gentillesse… et la prière qui est LA solution pour résoudre les problèmes douaniers. Et il est un peu chiant… mais très gentil.

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Le second plus pittoresque nous a alpagués quand nous sortions déconfits de la douane. Heyry (sans faute de frappe). Il nous a proposé un café. On a accepté, et il nous a adoptés pendant que nous buvions le café avec lui et 4 flics, qui ont tous passé des coups de fil, sont parti voir leur copain qui bosse à la douane, notre histoire est devenue une histoire mondiale.  Puis, nous somme allés voir le chef de la police de Tarakan, son copain, qui nous a fait faire un mot pour essayer de débloquer la situation. Tout ça n’a servi à rien, mais ça a fait du bien au moral. Heyry, nous lui avons demandé où on pouvait trouver des bières, et si il voulait se joindre à nous. Ce que nous fîmes le soir même. Heyry a 50 ans . Officiellement. Après son verre de bière (oui c’est un mauvais musulman), il nous a avoué en avoir 72. Le con il nous a bien eu ! Et 5 femmes , et 3 enfants, et 13 petits enfants. Heyry il est guide. Le seul guide de Tarakan ! D’ailleurs selon lui il n’y a rien à voir à Tarakan. Mais il va se promener avec des touristes dans la jungle, passe des nuits chez les tribus locales qui vivent dans des cabanes en haut des arbres. Il est gentil. Il nous a même offert un couteau, une lampe de poche et un collier en argent. Heyry, il trouve que beaucoup de touristes sont des cons, mais pas nous. Nous il nous aime bien. Du bol.

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Et sa troupe d’amis aussi est sympa, des flics qui boivent des coups (ça non plus ce n’est pas folklorique tellement, quoique, rapporté au contexte…). L’un d’eux nous a offert un clope. Un clope du coin, avec du clou de girofle et du sucre au niveau du filtre. Une sèche Indonésienne. On a dit « hum, c’est bon ! », plus par politesse que par goût. Ce n’est pas mauvais mais très fort et très vite écœurant. Et hop 3 minutes plus tard il nous offrait un paquet… sale coup. Et le lendemain, alors que nous apprêtions à prendre notre bateau pour le Sulawesi, le voilà qui rebelote ! Sale coup ! Mais on n’allait pas lui foutre dans la gueule ses cibiches, on a une éducation !

Samedi 2 Janvier.

Notre bateau part ce soir pour Pare-pare, au Sulawesi. En attendant, nous retrouvons Heyry, qui nous emmène dans la Mangrove, une zone préservée au cœur de la ville de Tarakan, ou on trouve… de la mangrove. Mais pas que. Il est futé le gars Heyry, il a trouvé comment remonter le moral à ma gonzesse : lui faire voir, si Allah le veut bien, des singes. Et pas n’importe quoi comme primates : des Rastapopoulos, des nasiques (proboscius monkeys). Et par contre pas sûr de les voir, faut avoir du bol.

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On en a eu! La roue a tourné, on en a vu, plein, à s’en mettre autours du ventre, et même d’autres singes, d’une autre marque, moins exotique, mais néanmoins simiesques.

Bref un épisode qui finit encore bien.

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Il est 21h notre bateau pour Pare-Pare devrait être parti, mais nous venons à peine de monter dedans. L’heure Philippine n’est pas une exclusivité, ici nous découvrons l’heure Indonésienne.

Munis de tickets de classe économique, et vannés, nous nous écroulons, sur un matelas, sur la moquette devant le carré des officiers.

Un conseil judicieux de Heyry, les dortoirs des classes économiques étant au quatrième, 3 étages plus bas (ah oui c’est un grand bateau, j’avais omis de vous le dire), au dessus des salles des machines, 6 pièces surchauffées,  d’une capacité moyenne de 122 passagers, qui passent le voyage en rang d’oignon. Pas que ça ne nous tenterait pas une telle expérience, au contraire. Mais pas pour cette traversée. 3 nuits, deux jours, et tout le personnel de bord qui nous rappelle toute les 2 secondes de garder nos affaires près de nous. Nous garderons ça pour la prochaine traversée.

Pour l’heure nous cherchions plutôt le calme, à défaut de volupté. Et le confort de la moquette du patio des officiers fera très bien l’affaire avec ses petits cafards, les gros sont en bas. Surtout qu’ils sont gentils comme tout, les officiers (les cafards aussi notez, ils ont des noms rappelez-vous). Ils parlent anglais comme nous parlons Indonésien, alors forcément niveau échanges philosophiques nous repasserons.

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Comment s’occuper deux jours et trois nuits sur un bateau ? Bonne question. Car ok la nuit c’est fastoche (même si nos nuits sont bercées par les annonces aux passagers ( petit déjeuner, déjeuner, dîner, contrôle des tickets, informations générales, appel à la prière, prière, programme ciné, enfants perdus et d’autres messages plus abscons que notre entendement pourtant pointu ne peut comprendre…)), mais nos journées ?

Nous ne pouvons pas marcher au soleil sous le cagnard de midi bâtés de nos sacs à dos. Nous ne pouvons pas non plus nous battre avec les administrations locales (puis pour être francs, l’envie n’est pas au rendez-vous). Nous n’allons pas visiter des lieux splendides, immortaliser des couchers de soleils somptueux en se tenant la main de façon bigrement romantique (ah si ça on peut), regarder les poissons munis de nos masques (mais on voit des poissons volants en veux-tu, en voilà, ça compense), nous n’allons pas vraiment pouvoir papoter avec des locaux… Alors on bosse, on écrit (ce que je fais présentement), on fume en regardant la splendide immensité aqueuse qui s’offre à nos yeux esbaudis, on fait nos devoirs pour notre partenaire Schoeffel, et on réfléchit.

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Oui Mesdames, oui Messieurs, nous réfléchissons.

A ces deux mois que nous venons de vivre, à leur richesse, à leur brutalité, à leur beauté, aux surprises qui nous attendaient, bonnes ou moins bonnes, au détour des chemins.

Nous repensons à toutes ces personnes que nous avons rencontrées, avec qui nous avons créé des beaux liens et qu’il y a peu de chance que nous revoyions un jour.

A toutes ces têtes de passants que nous n’avons pas rencontré et qui peuplent ce monde.

A tous ces habitants du monde que nous avons côtoyé grâce à leur simple présence et qui pourtant ne représentent qu’une part infinitésimale de la population humaine.

A toutes ces vies qui se trament au quotidien et se battent pour exister, pour manger souvent et qui arrivent à rire, à être généreuses avec ces touristes bien plus riches qu’eux financièrement.

A ce monde que l’on oublie, auquel on ne pense pas car il est loin de nos existences de parisiens préoccupés.

Préoccupés par des futilités finalement.

La mer du Sulawesi le confirme,  par sa tranquille immensité et son sein dans lequel un paquebot énorme comme le notre peut disparaître en ne faisant qu’un vague remous.

Le ciel nocturne en remet une couche en nous rappelant notre place de grain de poussière qu’un souffle de vent balayera un de ces quatre matins dans une indifférence quasi générale.

Oh ne voyez pas dans mes propos une dépression liées à la richesse des nos repas à bord (riz blanc et morceau de poisson frit, matin, midi et soir).

La vie est belle et c’est souriants que nous faisons ce constat.

Qui n’enlève rien non plus à l’amour que nous avons l’un pour l’autre et pour vous amis lecteurs, dont l’état de grain de poussière vous rend encore plus beaux.

Non juste un constat, un pas en arrière pour se demander si ce qui nous tracasse en vaut vraiment la peine.

Pour profiter de nos éphémères existences en les remplissant de la joie qu’elles nous procurent.

Parenthèse fermée. Ça devenait mystique hein ? Vous avez flippé ou bien ?

Dans 15-20 heures nous devrons aborder au port de Pare-Pare, Sulawesi du Sud. Ce sera le début d’une nouvelle épopée, emplie de burlesque déjanté, parce que, OUI, c’est ça la vie (eh merde, j’ai replongé).

Bisatoutezétous !

Filed by aureletclairevoyagent at février 5th, 2013 under Indonésie, Là c'est du concret, la route

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