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Où il est question de prostituées, de drogues dures, de violences et de chiens de combat

Le 5 mars au matin, sous une bruine montagnarde, nous sommes repartis vers des cieux plus cléments.

Parce que nous on est comme vous, deux jours sous 30° et on devient maussades.

Du rallye de montagne, puis un bus antédiluvien, goguenard et fumeur.

Et nous voilà, sans embûche à  Malang.

Sur le toit d’un hôtel cossu qui héberge un backpacker un peu original, car des gazebos y ont poussé.

Des bungalows si vous préférez.

En revanche, et là ça se corse pour nos abatis, plus de chambre double.

Il aura fallu presque trois mois pour que nous nous retrouvions forcés par le destin, cruel à ses heures, à partager notre nuit avec de sombres inconnus.

Sombre étant une image, car tout ce beau monde est composé d’anglais, de bataves et autres aryens, à la peau laiteuse et rougissante sous le soleil impitoyable des cieux sans pitié de ces contrées Javanaises.

Oui à Java, le ciel est différent. Claire dit avec son vocabulaire pourtant riche qu’il est fou !

Il est fou, c’est vrai.

Certains pseudos auteurs que je ne citerais pas (à part Marc Levy et Machin Musso pour leur permettre de rentrer momentanément dans l’antre prestigieux des écrivains – oui?) ; certains auteurs donc, coupables de romans pour jeunes ou vieilles filles complexées trouveraient surement des qualificatifs roboratifs pour qualifier ces cieux.

Mais fou ! leur va mieux.

Je m’égare semble t’il.

Donc cette nuit, sera communautaire. Un petit clin d’œil involontaire à mes parents et leur jeunesse de beatniks avec les pattes d’ef’ et le tapis en poils de mouton.

Rassurez vous nous somme loin du confort spartiate et bruyant des wagons couchette de la SNCF.

Et loin de l’odeur de la vieille peau de mouton.

Des matelas de 24 cm d’épaisseur, dans un cadre rustique mais chaleureux où le bambou fricote sans complexe avec tout ce qui lui passe sous la feuille.

Sinon, Malang. C’est une ville agréable, plutôt cossue, et étudiante, une fois passées les interminables banlieues qui font de toutes les villes Indonésiennes de mégalopoles de la taille de la France.

Oui j’exagère un chouïa.

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Mais Malang est jolie en son centre historique.

Il y fait doux vivre, c’est abordable et les gens y sont sympas.

Certains même y ont le goût des bons produits, Môssieur!

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Et en plus on y trouve un chouette marché aux plantes et le énième “second plus grand marché aux oiseaux du monde” !!

Là par contre il faut avoir le cœur bien accroché, parce qu’il y’a des oiseaux à foison.

Du pigeon commun, au gris du Gabon, aux poussins multicolores.

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Dans des cages parfois très jolies comme les javanais savent en faire, souvent surpeuplées, et presque toujours en plein soleil.

Comme ça qu’ils font leur poulet grillé? (ouais, un moment d’égarement).

Et l’on y croise aussi de drôles d’oiseaux :

- des chiots,

- des chats,

- des hamsters,

- des cochons d’Inde et autres crustacés du même acabit,

- des chauves-souris,

- des singes,

- des ocelots,

- des hérissons (certains albinos, qui se régalent au soleil)…

A Malang les gens sont contents de te voir. Ce n’est pas une ville très touristique, alors, ils parlent.

Comme le gars du pressing qui a fait un monologue hystérique de 6 minutes quand nous lui avons apporté nos vêtements. En indonésien, mais ça avait l’air rigolo.

Ou comme cette famille qui est arrivée juste après nous dans ce petit warung de rue.

Info culture: Un warung ou waroeng est un commerce, souvent de nourritures, mais pas que. Parfois aussi des piles ou des voiles de cuisine. Cela vient sûrement du Néerlandais parce que ce n’est pas très joli comme mot.

Retour à nos croûton, ou pour être précis à nos riz sautés au poulet très bon.

Dans le fameux warung.

La famille donc:

Papa, Maman et les trois enfants.

Très surpris, très joviaux, très timides, sauf la maman, qui nous questionne.

Dit à Claire qu’elle est belle comme une Barbie.

Ce qui pourrait être mal pris mais cela avait l’air d’un vrai compliment sincère.

Et on papote, comme on peut.

Séance photo.

Quelques instants de rencontre aléatoire.

Qui font que je suis content de voyager. Entre mille autres choses.

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Mais bon Malang c’est bien joli mais ce n’est pas tout, nous avons une mission, à à peine deux cent cinquante kilomètres de là.

Une mission secrète dont je ne peux pas parler au grand public, mais vous pouvez savoir qu’elle est secrète et que c’est un travail d’investigation. Nous voilà enquêteurs.

L’objectif se situe à l’ouest, dans un petit port de pêche prisé des surfeurs pour sa mer à surf.

Pacitan est son nom.

Info Culture: Prononcé par les Indonésiens cela sonne un peu comme un village perdu de la cordilière des Andes. Patchitan.

Bref vous vous en secouez passablement la coquillette, mais il est de mon devoir de vous informer, tel un professeur de BEP à Velizy qui aurait la volonté d’apprendre à ses élèves à parler un français correct. Alors ceci est fait.

Lundi y’a interro !

Allons à Pacitan.

L’agence de voyage en bas de notre backpacker communautaire nous informe qu’il est fort aisé d’y aller.

Il suffit de prendre un bus du terminal Nord, direct jusqu’à notre objectif.

Nous avions levé notre habituel circonspection, pour je ne sais quelle raison… ah si parce que notre linge sortait du pressing et qu’il sentait tellement bon !

Nouveau moment culturel : le pressing en Indonésie est pratique courante. Il faut compter entre 1200 et 5000 rupiah par kilo, lavé et repassé. Soit de 10 à 40 cents.

Donc heureux d’avoir des culottes que l’on peut se poser sur le nez et voyager dans des contrées exotiques dignement, nous suivons les conseil de l’agence de voyage.

Bêtise !!

Oui mon adjudant.

Toujours vérifier les informations !!

Toujours.

Car c’est ainsi que nous déboulons, au terminal de bus au Nord de Malang, à 11h du matin.

D’un matin bien chaud où le thermomètre se faisait chauffer les sens par un bon 35° à l’ombre lors de notre petit déjeuner, vers 8h30.

Et oui, vous l’aurez deviné avec toute la perspicacité qui fait de vous l’élite de la nation, dans le cul la balayette !

Moment culture:  Qui connaît l’origine de cette gracieuse expression?

Pas de bus pour Pacitan.

Pas d’ici. Mais du terminal sud, à l’autre bout de la ville.

Alors, soit, maudissant notre naïveté et ce gentil abruti qui nous avait donné ce tuyau nous partons loin de la cohorte de rabatteurs qui veulent nous envoyer n’importe où sauf là où l’on veut; pour rejoindre le terminal Sud de Makang.

Du temps perdu, mais nous en avons.

Et après avoir retraversé Malang nous voilà débarqué dans le bon Terminal

Enfin le bon, celui qui nous permettra d’aller à Pacitan, parce que l’autre était le bon gars aussi, mais pour d’autres destinations.

Et ce terminal qui nous permettra d’aller à Pacitan, nous offre un bus.

Datant de la fin des années 70’s (vous notez tous ces signes incrrrrrrrroyables? encore des allusions aux tapis de moutons et au Patchouli), fumeur, craquant de tout côté et n’allant pas exactement à Pacitan.

Mais à Blitar, à trois heures de là, soit à mi-parcours.

Où nous pourrons trouver un autre bus qui nous mènera à bon port.

Le trajet se passe, à toute vibrure, du moins à toutes vibrations, car si l’on avance pas vite, on en a l’impression parce que ça secoue dans tous les sens.

Mais bon nos trajets en bus vous commencez à connaître, je ne vais pas vous faire l’affront de vous le narrer.

Juste, si vous le permettez, un détail cocasse (après-coup): notre bus à perdu sa capacité à klaxonner.

Et ici c’est vital, pas tellement pour le bus mais surtout pour les piétons, le vélocipédistes, les mobylettes, et les inconscients qui aimeraient arriver d’en face sur leur propre voie dans les virages…

Alors notre bus commence doucement, puis le démon de la route le reprend et il accélère pour reprendre sa conduite normale.

Dangereux pensez-vous ?

Que nenni mes bons, le chauffeur est toujours affublé d’un acolyte comme vous le savez.

Et celui-ci donne de la voix.

La moitié du corps dépassant de la porte avant, en gueulant, il conseille aux piétons, cyclistes, poulets et cyclomoteurs de se rabattre.

Et celui-ci donne de la voix. et du sifflet.

Car pour les plus gros usagers de la route il siffle. A s’en perforer les tympans.

Et ça passe comme ça jusqu’à Blitar, où il est 15h30, et nous avons faim.

Alors mangeons!

Des trucs frits, très bons et pour la plupart très mystérieux.

Et on mange à s’en tendre la panse comme des cochonnets Bavarois.

Pour une somme dérisoire, qui marquera cette journée d’une première pierre blanche : le repas pour deux le moins cher de toute notre vie : 67 cts, avec les boissons.

Mais ce n’est pas tout il faut repartir, Claire est motivée et nous « devons » absolument dormir à Pacitan aujourd’hui.

Alors, quelle est la suite ? Un bus pour Pacitan ?

Non il n’y en a pas d’ici, il faut changer ailleurs : à Ponoggoro.

Et pour aller à Ponoggoro, il faut changer à Tulungagung.

Ah si il y’avait un bus direct pour Ponoggoro, mais il vient de se faire la malle sous notre nez, complet.

Donc pas de regrets.

Très bien, montons dans notre bus pour Tulungagung.

A trois quart d’heure de là.

Puis remontons un autre, trop classe, climatisé, non fumeur (sauf qu’il y a un fumoir pour si on veut). Mais ce bus ne va pas à Ponoggoro ?

Non.

Mais il va à Trenggalek, où il y’a des bus pour Ponoggoro.

Alors, allons !

Et regardons le coucher de soleil:

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Plus nous approchons d’ Trenggalek plus l’acolyte du bus de luxe semble incertain que nous arrivions à temps pour la correspondance pour Ponoggoro, il nous conseille de rester ici à Trenggalek pour repartir demain.

Mais non, Claire est têtue, nous dormirons à Pacitan !!

Et coup de bol, nous arrivons à Trenggalek juste au moment où le dernier bus s’en va.

Mais notre chauffeur lui court après avec son bus.

Et nous voilà, essoufflés, dans le bus adolescent mais sans moustaches ridicules, qui nous mènera par une petite route, toutes portes ouvertes, à fond, et du punk rock indonésien à plein tube, jusqu’à Ponoggoro.

Pour nous larguer, à l’entrée de la ville en nous disant qu’un bus pour Pacitan va arriver dans 10 quelque chose.

Optimistes nous optons pour dix minutes. Vu qu’il est 20h et qu’il reste encore deux bonnes heures de route selon nos informateurs.

C’était peut-être dix minutes, mais dans ce cas il est passé par ailleurs notre bus.

Alors nous patientons, sur le bord de la nationale, en buvant des jus de Sirsak, nouvelle égérie fruitière de nos papilles et qu’en plus c’est bon, ça guérit le cancer, donne parfois les numéro gagnants de l’Indomillion et préserve des mariages malheureux selon les gens d’ici.

Et d’autre gens arrivent, pour le même bus que nous.

Comme quoi le sirsak c’est vraiment un super fruit ! ça vous transforme un petit warung miteux de périphérie de ville moyenne Indonésienne, en LE LIEU, où l’on se retrouve pour aller à Pacitan !

Bus qui arrivera finalement à 22h30 (c’était peut-être ça le 10 quelque chose) et nous conduira, comme il se doit à Pacitan.

Où rappelez-vous nous devons dormir.

Parce qu’on l’a décidé, et que rien ne nous arrête.

Alors nous descendons du bus, il fait nuit bien sûr, mais la plage où l’on doit trouver le bungalow de nos rêves est à côté.

Notre informateur est moisi, car la plage est en fait à 5 kilomètres.

Mais la nuit est douce, et les chauves-souris voltigent comme pour célébrer notre arrivée, en festoyant d’abondance d’imprudents insectes attirés bêtement, tels des hommes politiques français, par le faste lumineux des lampadaires.

Parenthèse : oui, les hommes politiques français se foutent des lampadaires, mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont plus malins que les insectes qui servent de repas à nos copines les chauves-souris.

Il est deux heures du mat je vous rappelle, et on marche.

Car oui on marche.

Une pause pipi - ça allège - et nous continuons.

Jusqu’à ce qu’un être androgyne d’une quinzaine d’année selon nos critères Européen mais qui peut en avoir jusqu’à 25, nous interpelle en Indonésien.

A son haleine l’être à picolé un peu et du coup nous propose de nous conduire jusqu’à la plage.

C’est gentil, nous acceptons. Claire s’en va avec elle. Et je marche.

Jusqu’à ce que l’être, qui s’avèrera être de sexe féminin mais toujours d’âge indéterminé, vienne me cueillir et me counduise à fond les ballons pour me poser devant Claire, elle-même devant un hôtel qui n’est pas le bungalow espéré, celui-ci étant fermé pour raisons administrative.

Au moins, on à un lit, une douche, nous sommes à Pacitan.

Deuxième pierre blanche de la journée !

Mission réussie.

Après 15 heures de périple, deux pété-pété, 5 bus, une demi semelle de claquette et un scoot!

J’espère que ça valait le coup.

Dodo !

PS: vous avez remarqué, les prostituées, les drogues dures, la violence et les chiens de combat ont été volontairement omis de ce récit, car il est déjà suffisamment palpitant comme ça.


Filed by aureletclairevoyagent at mars 19th, 2013 under Indonésie, Là c'est du concret, la route

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