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La vérité politiquement incorrecte de la Malaisie

J’ai écrit cet article en Malaisie, mais à cause des tensions que suscitent les prochaines élections générales, nous avons préféré attendre de passer la frontière pour le publier. Il y a peu de chance, mais nous aurions eu l’air un peu stupides, coincés à l’immigration, car dénonçant les abus politiques de ce pays…

Bien. Je vous préviens, ça va être long et certainement rébarbatif. Vous n’êtes pas obligés de lire ça si la politique Malaisienne et la découverte d’une dictature ne vous branche pas. Car grâce à un Malaisien bien instruit rencontré au détour d’un café à KL, nous avons découvert que la Malaisie, petit pays de cinquante années et des poils d’existence, admis en Asie comme étant une démocratie, n’est effectivement rien de plus qu’un état totalitaire. A tel point que je doive cacher l’identité de ce Malaisien qui a bien voulu nous raconter ce qui se passe dans son pays depuis plusieurs années, et ce qui pourrait changer dans les semaines qui viennent.

Nos conversations ont été murmurées. Nous n’avons pas pu avoir de noms car ils ne devaient pas être prononcés. Déjà, ça plante le décor.

Tout d’abord, il faut connaître deux trois faits : La Malaisie est une ancienne colonie Britannique qui a obtenu son indépendance en 1957. Les rosbifs ont mis un gouvernement en place avant de partir, puis ont organisé des élections un mois après. Le parti en place a gagné ces élections.

Depuis, il ne les a jamais perdues.

Ensuite, la Malaisie a été fondée sur le principe de la mixité. Et à KL, c’est évident : Où que vous regardiez, vous verrez toutes les couleurs de peau, toutes les religions, vous entendrez parler toutes les langues. La grande majorité des Malaisiens sont des Malais (60%), à la peau assez claire et aux yeux en amandes. Tous les Malais sont musulmans. Puis ensuite viennent les Chinois (22%). Ils sont aisément identifiables, je ne vous ferai pas l’affront de vous les décrire. La plupart d’entre eux sont bouddhistes ou taoïstes. Et enfin, les Indiens (8%). Des Indiens de partout, du Nord, avec des turbans autour de la tête, du Sud, à la peau très foncée, dont la majorité est hindouiste. Et puis quelques minorités comme dans tous les pays.

Il y a quelques années, le slogan merveilleusement trouvé par le gouvernement « 1 Malaysia » a commencé à pointer son nez sur tous les murs, les arbres, les pubs, bref, c’est devenu leur Liberté Egalité Fraternité à eux. Je vous laisse apprécier toutes les facettes de ce slogan en faisant fonctionner vos méninges.

Donc en plus des toutes ces différences culturelles, de ce bouillon de langues maternelles qu’ils apprennent dès la naissance, puis un peu à l’école, avec la langue nationale officielle, le Bahasa Malaysia que tout le monde est sensé parler pour se comprendre, il faut ajouter à tout cela un élément que j’affectionne tout particulièrement car il a le don de répandre la bonne parole et la paix sur terre : La religion.

Du fait de cette mixité, et bien que la majorité des Malaisiens soient musulmans, l’Islam n’est pas la religion d’état.

Enfin.

Officiellement.

Ça ne les empêche pas d’avoir un ministre de l’Islam et une commission des affaires islamiques qui fait office de gestapo religieuse mais je reviendrai là-dessus.

Bien, après ce préambule, je m’apprête à annoncer mon plan comme on me l’a appris : Je vais tenter de vous retranscrire ce que nous avons compris, au travers de grandes thématiques politiques.

Je commencerai donc par l’éducation. Pour éviter toute ambiguïté, je ne parlerai que de l’école publique.

Quand les petits Malaisiens de toutes origines entrent à l’école publique pour leur première année, leur slogan fonctionne à merveille. Des bambins colorés jouent à la marelle, à la corde à sauter, une chinoise relève une malaise parce qu’elle s’est cassé la binette, un chah indien pourchasse des souris hilares de toute l’Asie dans les recoins de la cour de récré, c’est vraiment une réussite de mixité.

Enfants-Malaisie

S’ils sont pas mignons, tous ces bambins !

Puis à douze ans, pour clore leur premier cycle, tous ces bambins épanouis par tant de cultures diversifiées, passent un examen crucial. Cet examen déterminera dans quelle classe ils se retrouveront au collège. Suivant le nombre d’enfants, ils forment des classes A pour les élèves qui auront eu les meilleurs résultats aux examens, puis B pour les un peu moins bons, C, D etc, jusqu’à la classe des déchets, des cancres et des abrutis pas capables d’aligner deux mots. Cette méthode pédagogique, je pense que Mélissa ne me contredira pas si je dis qu’elle est fortement discutable et pas très motivante pour un gamin de 12 ans qui avait une gastro le jour où il a passé ses exams, mais passons, ce n’est vraiment pas là le problème.

Là où ça se corse à mort : La logique voudrait que tous les élèves, origines confondues, soient classés pour que naissent des classes d’élites, des classes médiocres, des classes de clochards etc.

Eh bien non.

Les meilleurs des Malais sont envoyés dans des écoles spéciales Islamiques où les meilleurs professeurs travaillent.

Les meilleurs Chinois et Indiens restent dans le système scolaire normal, ils gagnent juste le droit d’être dans la classe A.

Les Malais légèrement moins bons ont quand même le droit d’intégrer la classe A. Ensuite, une fois cette logique admise, le reste coule de source.

A quinze ans, rebelote. Exam à visée épurative qui remet les cartes truquées en jeu. Les Malais pas tops qui ont fini en classe A au premier tour partent également dans les belles écoles Islamiques où tous les ronds pour l’éducation sont dépensés. A ce stade, dans les écoles publiques basiques, il ne reste que quelques Malais crétins qui usent leur fond de culotte sur les bancs de l’école pour dormir. Les Chinois et les Indiens se serrent les coudes. Les élèves des dernières classes ne savent même pas aligner deux mots de malaisien et font acte de présence jusqu’à la fin. Et l’adolescence se poursuit.

A Dix-sept ans, il se passe une grande révolution : Pour justifier que c’est quand même 1 Malaysia, le ministère de l’éducation réalise un coup de maître : Il réunit les classes A et les derniers Malais qui restent encore. Mettez-vous à la place de ces ados : Les Chinois et les Indiens ont dû travailler pour en arriver là, et deux ans avant la fin, l’école brise toutes les règles et mélangent les cancres (et pas n’importe lesquels) avec les grosses têtes minoritaires. Forcément, ça créé des tensions. Tout à coup, des clans se forment. Et allez défaire ce qui a été fait exprès.

Voilà pour l’éducation. Passons aux mœurs.

Je vous rappelle que l’Islam en tant que religion d’état est sensée ne pas exister.

Vous ne trouverez nulle part de boites de strip tease. La commission islamique débarquerait dans les 24h pour tout péter.

L’antisémitisme n’est même pas un tabou : Les passeports Malaisiens ont un droit d’entrée dans tous les pays du monde, sauf en Israël. Et pour qu’un Israélien entre en Malaisie, il lui faudra une très bonne raison sinon il risque d’être renvoyé chez lui. Pas de synagogues, pas de rouflaquettes, pas un seul juif vivant dans ce pays.

L’alcool est monstrueusement taxé.

L’usage et le trafic de drogue est passible de peine de mort.

Si un policier vous surprend à critiquer le parti ou pire, si vous dites du bien de l’opposition, il vous demandera votre carte d’identité. Puis il vous la rendra. Et il écrira votre nom sur un petit carnet.

Tous les ministres au pouvoir qui ont un portefeuille important sont malais. Vous trouverez un ou deux chinois qui s’occupent des transports publics et du sport. Pas mieux.

Toutes les chaines de télévision et les journaux sont détenus par le gouvernement. L’information est soigneusement filtrée et censurée. En revanche, ils ont été moins prévoyants que les Chinois : L’accès à internet n’est pas aussi restreint que chez nos nombreux amis communistes. Cela dit, les malaisiens n’ont pas tous de Freebox…

Il est écrit dans la loi que si une personne non musulmane veut épouser une personne musulmane, elle doit se convertir à l’Islam. Pas d’autre alternative.

Le gouvernement subventionne énormément de produits de la vie courante. Presque tout. Le lait, les œufs, le maïs, les voitures, les motos, les vêtements, l’informatique, tous les prix sont bas parce que le gouvernement en paye une partie. Les musulmans obtiennent en plus une ristourne allant de 15 à 55% sur les gros achats.

Si vous vous convertissez à l’Islam pour telle ou telle raison, votre état civil change. Sinon, trop facile de faire croire qu’on est musulman pour obtenir la ristourne. Moi aussi je veux bien me coller un voile pendant deux heures pour faire croire au banquier que j’ai besoin qu’il me prête moins d’argent que prévu car j’ai 25% de réduc sur ma maison. Ils ajoutent un « Ben » ou un « Benti » à tous les noms de famille musulmans pour éviter toute ambigüité. Et pour les convertis ? On leur supprime leur nom de famille. Il devient automatiquement « Ben Abdullah ». Tous. C’est ainsi que vous pourrez facilement tomber sur des Ying Ben Abdullah ou des Parvati Ben Abdullah. Là aussi, je vous laisse réfléchir quelques instants à ce que ça peut faire de perdre son nom de famille.

Si vous aimez jouer avec le feu ou que vous êtes un indécrottable romantique, voici ce qui peut vous arriver : Mettons que vous êtes d’origine Indienne et que vous tombez amoureux d’une Malaise. Vous ne voulez pas perdre votre nom de famille, et Allah n’est pas foncièrement votre meilleur ami. Vous fricotez avec cette Malaise dans le secret le plus absolu. Personne ne doit savoir ce qui se passe, sinon…

Sinon, si une balance bave au conseil islamique, ils vont ouvrir une enquête sur vous et vous suivre. Puis un soir, alors que l’acte infâme de la relation sexuelle hors mariage est pratiqué dans votre appartement, ils vont débarquer chez vous, défoncer votre porte, ils ont le droit, et vont constater que vous jouez au docteur avec une chaste ex-pucelle musulmane. Là, deux choix vont s’offrir à vous : Soit vous l’épousez, donc vous vous convertissez et tout ce que cela implique, soit la pécheresse sera envoyée en camp de redressement pour jeunes islamiques déviantes, où on lui apprendra à prier à coups de trique et à sortir dans la rue en burqa.

Ça donne envie, n’est-ce pas ?

Ok, passons aux scandales et affaires politiques.

Aurel vous parlait des évènements qui ont eu lieu sur Bornéo durant notre absence. Pour aide-mémoire, je vous rappelle brièvement les faits officiels : Une bande de Philippins hautement musulmans et un peu timbrés débarquent sur les côtes de Sabah au mois de Février en revendiquant la région comme la leur. La Malaisie ne réagit pas tout de suite. Début Mars, un peu agacé, le gouvernement envoie chars d’assaut et avions bombardiers pour régler la situation qui s’envenime dans le centre de Lahad Datu. Ils exterminent la « vermine », condamnent la plupart des survivants à la peine de mort, puis préfèrent parler d’autre chose. Alors que s’est-il vraiment passé dans cette obscure et burlesque histoire où chaque information collectée sur internet peut être contredite par une autre information ? Pour quoi avons-nous risqué nos vies en revenant à Tawau avec la ferme intention de vendre nos mobs ?

En réalité, ça date un peu. Dans les années 70, le premier ministre issu toujours du même parti au pouvoir vu qu’il n’a jamais perdu une seule élection, se voyait gratifié d’une belle large majorité de sièges au parlement en comptant la péninsule, mais d’une moins belle majorité en comptant Bornéo, car la plupart des insulaires étaient à l’époque catholiques. Il a donc dû ruser un peu, demandant au « préfet » de Lahad Datu de donner gracieusement 500 cartes d’identité malaisiennes par jour aux Philippins musulmans des îles en face, à quelques kilomètres de là. Le subordonné s’est plus ou moins exécuté… Jusqu’au mois de Février dernier. Petit à petit, Bornéo est devenu de plus en plus musulman, et de plus en plus Philippin. De telle sorte que les Sulu, qui ont effectivement une histoire territoriale sur Bornéo qui date de plusieurs siècles, ne se sont plus sentis en voyant qu’ils étaient plus nombreux que les malaisiens, et ont décidé que le pouvoir leur revenait. Voilà pourquoi la Malaisie a attendu avant de leur mettre un coup de pied au cul, voilà pourquoi également aux infos de 20h, on voit un reportage de 3 minutes sur les trophées de chasse de l’armée, et un reportage de 20 minutes sur les nouveaux diplômés en Malaisie cette année.

affiches-premier-ministre-malaisie  Impossible de louper la tronche de celui-là dans la rue, dans le métro, dans les bus, dans les toilettes, à la télé, dans les journaux, sur les autoroutes, il est partout. Absolument partout. Dans le métro, ils diffusent deux chansons sur lui en boucle. Lui, c’est le premier ministre et j’ai appris à le reconnaître assez rapidement. Par contre le leader de l’opposition, si je le croisais dans la rue, je ne le reconnaîtrais pas…

Parmi tous les scandales politiques étouffés, pour faire simple, je peux vous raconter l’histoire du politicien de l’opposition qui a tenté de réunir tous les partis d’opposition en coalition il y a 20 ans pour faire barrière au gouvernement en place et qui s’est retrouvé en taule parce qu’il aurait eu soi-disant des pratiques sodomites avec un partenaire de même sexe (déconnez pas avec ça par ici, il ne fait pas bon être homosexuel en Malaisie), ou encore l’histoire Franco-Malaisienne des sous-marins commandés à notre entreprise séculaire de Thalès et envoyés avec de larges pots de vin, le premier ministre qui se tape la traductrice d’origine mongole, lui promet un peu de pognon, puis finalement non, la mongole qui s’énerve et qui est retrouvée quelques jours plus tard pulvérisée par une bombe dans une forêt à côté de Kuala Lumpur, ou encore l’histoire d’un autre premier ministre qui se tape une gamine de 13 ans, un type de la famille qui porte plainte, un jugement, « Mais elle m’avait dit qu’elle était majeure, c’est elle la pécheresse qui m’a menti », la gamine envoyé en camp de redressement musulman et le membre de la famille en taule pour diffamation.

Najib-Razak-Premier-Ministre-Malaisie

Alors ? Petit quizz voir si vous suivez. C’est qui ?

Nous avons vérifié tout ce que ce malaisien nous a dit. Je ne dis pas que c’est l’entière vérité, car nous avons vérifié ça sur internet, trop facile de lire tout et son contraire, mais perso, j’y crois. Il faut aussi savoir que lorsque nous avons tenté de nous connecter une nouvelle fois aux sites web de l’opposition, un message d’attente s’est affiché avec « récupération de l’adresse IP de l’ordinateur ». Donc à présent, nous sommes fichés en Malaisie.

Des élections générales doivent avoir lieu dans moins d’un mois. Et au vu de ce qui s’est précédemment passé aux dernières législatives, il y a de grandes chances pour que pour la première fois depuis que la Malaisie est Malaisie, le parti au pouvoir soit renversé et que tout ce que je viens de vous énumérer ait une chance de disparaître. Cela a tendance à terrifier l’actuel premier ministre qui n’y est pas allé par quatre chemins : s’il n’est pas réélu, il ne va pas se laisser faire. Et une guerre civile a de fortes chances d’éclater.

Certains Malaisiens prévoient de voter le jour J, puis de prendre un avion avant les résultats et quitter le pays.

Nous, nous serons déjà loin. Mais du coup, nous attendons les résultats avec entrain.

A présent, repensez au slogan 1 Malaysia.

Slogan-Malaisie

Ca fait sourire, hein ?

Filed by aureletclairevoyagent at avril 20th, 2013 under Malaisie - Péninsule, Malaisie - Bornéo, Là c'est du concret, la route

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